Vendredi, 17 heures. La comptable reçoit un mail du dirigeant. Une acquisition confidentielle est en cours, un virement doit partir avant ce soir, un avocat va l'appeler pour lui donner les détails. Surtout, elle ne doit en parler à personne. Le mail semble venir de la bonne adresse, le ton est pressant mais crédible. Le virement part, et l'argent ne reviendra pas.

C'est ce qu'on appelle la fraude au président, ou FOVI (faux ordre de virement international). Elle ne demande presque aucune compétence technique : elle joue sur la confiance, l'urgence et le respect de la hiérarchie. Les PME sont des cibles de choix, parce qu'une seule personne y valide souvent les paiements.

📊 L'ampleur du phénomène

Aux États-Unis, le FBI a recensé près de 25 000 plaintes pour compromission de messagerie d'entreprise en 2025, pour plus de 3 milliards de dollars de pertes déclarées. C'est l'une des fraudes en ligne qui coûtent le plus cher aux entreprises. En France, Cybermalveillance.gouv.fr et les assureurs la classent aussi parmi les principales menaces.

Les formes que prend l'arnaque

Le faux dirigeant reste le scénario le plus connu, mais ce n'est pas le seul. Voici les variantes que nous rencontrons le plus souvent.

VarianteLe scénarioPersonnes visées
Faux dirigeantLe « président » réclame un virement urgent et confidentiel : acquisition, contrôle fiscal, litige à régler discrètement.Comptabilité, assistante de direction, DAF
Faux fournisseurUn fournisseur habituel annonce qu'il change de banque. Les factures suivantes sont payées sur le compte du fraudeur.Comptabilité fournisseurs
Faux avocatUn « avocat » ou un « commissaire aux comptes » prend le relais du faux dirigeant pour rendre l'histoire plus crédible.Finance, juridique
Faux technicienLe fraudeur se fait passer pour la banque ou le service informatique, et obtient un code, la validation d'un virement ou l'installation d'un logiciel de prise en main à distance.Toute personne qui accède à la banque en ligne

La fraude au faux fournisseur est la plus difficile à repérer. Elle part souvent d'une vraie boîte mail piratée, chez vous ou chez le fournisseur. Le fraudeur lit les échanges pendant des semaines, attend qu'une grosse facture arrive, puis répond directement dans la conversation en cours. Rien ne détonne.

Comment les fraudeurs s'y prennent

L'attaque se prépare. Le fraudeur commence par se renseigner sur l'entreprise : site web, profils LinkedIn, communiqués de presse, registre du commerce. Il repère le dirigeant, la personne qui gère les paiements, les principaux fournisseurs, et la façon dont tout ce monde communique.

Il choisit ensuite son moment : le dirigeant est en vacances ou en déplacement (et l'a parfois annoncé sur les réseaux sociaux), c'est un vendredi soir, la veille d'un pont ou la période de clôture des comptes.

Pour l'adresse d'envoi, il a le choix. Il peut acheter un nom de domaine qui ressemble au vôtre à une lettre près, jouer sur le nom affiché, ou utiliser une vraie boîte mail piratée par hameçonnage. Dans le message, il flatte (« je sais que je peux compter sur vous »), impose le secret, met la pression sur les délais et invoque une décision venue d'en haut.

Depuis peu, certains fraudeurs utilisent aussi l'intelligence artificielle pour imiter la voix du dirigeant au téléphone, ou même son visage en visio. Reconnaître une voix ne suffit plus à confirmer l'identité de quelqu'un.

Les signaux qui doivent vous alerter

Un seul de ces signes suffit pour tout suspendre et vérifier :

  • une demande de virement urgent qui sort du circuit habituel, surtout vers l'étranger ou vers un compte jamais utilisé ;
  • une demande de confidentialité, ou de ne pas suivre la procédure normale ;
  • un changement de RIB annoncé par mail, même par un fournisseur que vous connaissez et dans une conversation existante ;
  • une adresse d'expéditeur presque identique à la vraie, ou une adresse de réponse différente de celle de l'expéditeur ;
  • un interlocuteur qu'on ne peut pas joindre par les moyens habituels, et qui ne communique que par mail ou à un numéro qu'il fournit lui-même ;
  • un ton qui ne ressemble pas à la personne : tutoiement soudain, formules inhabituelles, fautes inattendues.

Comment s'en protéger

La mesure la plus efficace ne coûte rien : une procédure de paiement écrite, que personne ne peut contourner. Au-delà d'un certain montant, ou pour tout nouveau bénéficiaire, un virement doit être validé par deux personnes. Tout changement de coordonnées bancaires se vérifie par téléphone, à un numéro que vous connaissiez déjà (fiche fournisseur, ancien contrat), jamais à celui indiqué dans le mail. Et l'urgence ou la confidentialité ne justifient jamais une exception.

Le plus utile, c'est que le dirigeant le dise lui-même à ses équipes : « si un jour je vous demande de contourner la procédure, c'est que ce n'est pas moi ». Cette phrase désamorce l'essentiel des tentatives.

Les banques ajoutent depuis peu un garde-fou. Depuis octobre 2025, celles de la zone euro vérifient avant un virement SEPA que le nom du bénéficiaire correspond à l'IBAN. Si votre banque vous signale que le nom ne correspond pas, arrêtez tout et vérifiez.

Côté messagerie, l'objectif est d'empêcher le piratage des boîtes mail, qui est à l'origine de la plupart des fraudes au faux fournisseur. Activez l'authentification à deux facteurs sur tous les comptes, sans exception. Configurez SPF, DKIM et DMARC sur votre nom de domaine pour que personne ne puisse envoyer de mails avec votre adresse exacte. Faites afficher une mention « Externe » sur les messages venant de l'extérieur : un faux mail du dirigeant se repère alors immédiatement. Bloquez enfin le transfert automatique vers des adresses externes. Si vous utilisez Microsoft 365, tous ces réglages sont détaillés dans notre guide sécuriser Microsoft 365 en PME.

Il faut aussi former les personnes les plus exposées : comptabilité, assistantes de direction, achats. Une heure de sensibilisation avec des exemples réels, suivie d'un exercice, change durablement les réflexes. Les règles de vérification ont aussi leur place dans votre charte informatique.

Enfin, une boîte mail piratée laisse des traces bien avant le virement : connexion depuis un pays inhabituel, nouvelle règle qui cache les réponses, transfert vers une adresse inconnue. Notre tutoriel explique comment surveiller Microsoft 365 avec Wazuh pour repérer ces signaux à temps.

Vous êtes victime : les bons réflexes

⚠ Chaque heure compte

Plus la banque est prévenue tôt, plus elle a de chances de bloquer ou de récupérer les fonds. Une fois l'argent transféré vers d'autres comptes, souvent à l'étranger, il devient très difficile de le récupérer.

Appelez votre banque immédiatement, votre conseiller et le service fraude, pour demander le blocage et le rappel des fonds, puis confirmez par écrit. Ne supprimez rien : gardez les mails avec leurs en-têtes complets, les numéros de téléphone, les ordres de virement et des captures d'écran.

Portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie. Le service public 17Cyber (17cyber.gouv.fr) vous oriente vers les bons interlocuteurs et vers la plainte en ligne. Prévenez aussi votre assureur, en particulier si vous avez une assurance cyber ou fraude : les délais de déclaration sont souvent courts.

Vérifiez ensuite si une boîte mail a été piratée : règles de messagerie, transferts, connexions suspectes. Si c'est le cas, le fraudeur a peut-être encore accès à vos échanges. Suivez notre guide j'ai été piraté, que faire. Et si votre messagerie a servi à tromper des clients ou des fournisseurs, prévenez-les rapidement, ainsi que vos équipes, pour éviter une deuxième tentative.

Questions fréquentes

La banque peut-elle rembourser un virement frauduleux ?
Quand c'est l'entreprise qui a ordonné le virement, même trompée, la banque n'est en principe pas obligée de rembourser. Elle peut en revanche tenter de rappeler les fonds, d'où l'importance de l'appeler tout de suite. Certaines assurances couvrent ce type de fraude : vérifiez votre contrat avant d'en avoir besoin.

Comment vérifier un changement de RIB d'un fournisseur ?
Appelez votre contact habituel chez le fournisseur, à un numéro que vous aviez avant de recevoir la demande, jamais à celui du mail ou du nouveau RIB. Faites-lui confirmer le changement de vive voix, puis demandez à un collègue de valider la modification avant le prochain paiement.

Les petites entreprises sont-elles vraiment visées ?
Oui, et parfois plus que les grandes. Les circuits de validation y sont courts, une seule personne gère souvent les paiements et la messagerie est moins surveillée. Les fraudeurs adaptent simplement les montants à la taille de l'entreprise.

L'authentification à deux facteurs suffit-elle à éviter la fraude au président ?
Elle empêche la plupart des piratages de boîtes mail, et donc une bonne partie des fraudes au faux fournisseur. Mais elle ne protège pas d'un mail envoyé depuis un domaine qui ressemble au vôtre, ni d'un appel qui imite la voix du dirigeant. Pour ça, seule une procédure de paiement stricte fonctionne.

Bien souvent, la fraude se joue plusieurs jours avant le virement, au moment où un compte est piraté. C'est ce que surveille notre service MDR 24/7 : connexions anormales, règles de messagerie suspectes, transferts vers l'extérieur.

Vous voulez savoir si votre entreprise est bien protégée ?

Nous vérifions votre messagerie, vos procédures de paiement et vos réglages Microsoft 365, puis nous formons les personnes les plus exposées.

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